

La petite reine a gagné
11.1.2009

La petite reine, ce n'est pas Peter Loosli, c'est sa bicyclette. Un jour de mai dernier, notre homme chevauchait sa belle (en sens interdit, il aime ça et elle aussi) dans la rue de Meyrin, à Ferney. Mal leur en prit. Un pandore municipal, qui traînait par là, surgit à bord du véhicule ad hoc et mit brutalement fin à leurs ébats. Motif: l'accouplement d'un citoyen et de sa bicyclette n'est pas interdit sur la voie publique mais il est prohibé en sens interdit. Même si leurs amours n'entravent pas la circulation et ne portent pas atteinte à la sécurité de l'Etat. Dont acte et procès verbal.

Peter Loosli est un amoureux des transports doux, justement encouragés par la nouvelle équipe municipale. Il espérait dont bien que sa demande de grâce serait accueillie favorablement, les mains en haut du guidon, par Christine Franquet, première adjointe, elle aussi sensible aux doux transports et aux accouplements bi-cycliques. Voire en sens interdit, comme elle l'avait mainte fois prouvé dans le passé.
Hélas, rien n'y fit. La contravention fut confirmée. Peter en resta interdit: "Tout ça n'a pas de sens". Il décida donc de porter l'affaire devant le tribunal. Personne, y compris Candide, n'aurait donné tripette de ses chances de succès. Et pourtant...
Après plusieurs mois d'attente, il vient de recevoir les minutes du procès. Certes, les juges confirment qu'en circulant à bicyclette, il a commis une infraction mais, "attendu que l'infraction n'a pas causé de dommage", prononcent une dispense de peine.
Peter Lossli paiera tout de même 22 Euros. Pas pour l'amende, pour les frais de procédure. Voilà un joli pied-de-nez et, surtout, un encouragement à poursuivre sur sa lancée.
Dès que rues et trottoirs seront dégagés, pourquoi n'irions-nous pas à vélo du poste de police municipale à la mairie, en empruntant tous les sens interdits possibles et imaginables. A la mairie, nous laisserions pour quelques heures l'ami Peter à ses nouvelles activités: la première adjointe lui a demandé de rédiger pour le prochain bulletin municipal un article sur les transports doux et la pratique du vélo. Du coup, elle pourra sans doute lui faire verser un cachet de 22 Euros, pour solde de tous comptes.
Cet épilogue a été marqué par de nombreux et cocasses échanges de correspondance, que Candide se fait ci-dessous un malin plaisir de rappeler aux éco-citoyens et aux représentants de l'ordre....
Candide publie ci-dessous la joyeuse correspondance d'un cycliste citoyen en butte à l'absurdité règlementaire...

Impertinence citoyenne
Peter Loosli
Copropriété «Le Saint-Germain»
45, rue de Meyrin
01210 Ferney-Voltaire
à
Madame Christine Franquet
Première Adjointe au Maire
en charge de la communication et de la participation citoyenne
Mairie
01210 Ferney-Voltaire
Ferney le 2 mai 2008
Objet : se déplacer en bicyclette à FerneyMadame la Première Adjointe au Maire,
Habitant rue de Meyrin depuis la fin des années 80, il m'arrive occasionnellement - depuis ce temps-là, en roulant à vélo - de prendre cette rue à contresens. La plupart du temps jusqu'à la hauteur du chemin de la Glycine, où je tourne souvent à gauche. La rue de Meyrin étant ici suffisamment large pour croiser des voitures très facilement, je n'ai jamais rencontré aucun problème en avançant de la sorte. Cette manière de me déplacer a du reste toujours été tolérée et par la gendarmerie, et par la police nationale, et par la police municipale, dont j'ai croisé nombre d'agents à maintes reprises sans jamais me faire verbaliser.
Or, cette après-midi, un agent de notre police municipale, dont je ne citerai volontairement pas le nom, a jugé nécessaire de me bloquer avec son véhicule de fonction devant la ferme du Châtelard, m'obligeant ainsi à descendre de ma bicyclette. Son attitude peu avenante n'a pas contribué à arranger la situation. Il m'a demandé de lui montrer mon permis de conduire, alors même que j'avais laissé ma voiture au garage. Circulant à vélo, je n'avais pas à l'avoir sur moi. Devant me rendre à un rendez-vous fixé à 17 heures, j'ai délibérément laissé cet agent de police ferneysien agir à sa guise et me «coller» une amende excessive - sans trop rechigner.
Connaissant votre position concernant les modes de déplacement doux - exprimée haut et fort dans le cadre de la récente campagne électorale -, j'imagine que I'on verra sans doute bientôt s'ouvrir un peu partout dans Ferney de nouvelles pistes cyclables. Je vous écris la présente lettre dans cette perspective. Dans un but préventif. Pour que vous soyez informée en détail sur ce qui s'est produit, pratiquement sous mes fenêtres, aujourd'hui, dans ma rue. Et surtout sur ce qui risque encore d'arriver à bien d'autres cyclistes bien intentionnés et respectueux vis-à-vis de tout le monde (piétons, automobilistes, etc.), ne mettant donc strictement personne en danger.
Pour cet ensemble de raisons, je voudrais contester la nécessité et surtout le bien-fondé - la pertinence citoyenne - de la contravention ci-jointe, distribuée par cet agent de police inutilement zélé. Quand arrêtera-t-on de favoriser inconsciemment l'asphyxie de nos centres historiques par des véhicules à moteur? Dans des centaines de villes françaises et étrangères (exemple: Genève), on a commencé à comprendre qu'il est dans l'intérêt supérieur des communautés urbaines de tolérer le passage des cyclistes dans les deux sens - là où cela paraît objectivement possible sans dangers - dans les rues à sens unique.
En vous remerciant vivement par avance de l'attention que vous prêterez à cette lettre, je vous prie d'agréer, Madame la Première Adjointe au Maire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Peter Loosli
Annexes : photocopie de ma carte d'identité et contravention en question.Copie à : Monsieur François Meylan, Maire de Ferney-Voltaire

Mise en scène de mauvais goût


Peter Loosli
à
Monsieur Bernard Masquelier
Chef de service
Police municipale
37, Grand'Rue
01210 Ferney-Voltaire
Objet: demande d'indulgence concernant une contravention relevée à mon encontre - en tant que cycliste - le vendredi 2 mai, vers 16 heures 30
Ferney, le 8 mai 2008
Monsieur le chef de poste de la police municipale de Ferney,
La présente lettre d'indulgence a été mise au point grâce aux conseils techniques, circonspects et profondément humains de Monsieur Vincent Cocco, chef de police, que je suis allé rencontrer le lundi 5 mai, en fin d'après-midi, dans l'exercice de ses fonctions, au rez-de-chaussée de la maison Serpro (Police municipale, NDLR).
Habitant à l'adresse indiquée ci-dessus depuis la fin des années 80, il m'arrive occasionnellement - depuis ce temps-là, en roulant à vélo - de prendre ma rue à contresens. La plupart du temps jusqu'à la hauteur du chemin de la Glycine, où je tourne souvent à gauche. La rue de Meyrin étant dans ce tronçon suffisamment large pour que l'on puisse facilement croiser des voitures, je n'ai jamais rencontré aucun problème en avançant de la sorte. Et je crois par ailleurs sincèrement n'avoir jamais mis personne en danger (piétons, automobilistes, etc. ou moi-même). Cette manière de me déplacer a du reste toujours été tolérée par les forces de l'ordre - gendarmerie, police nationale et police municipale confondues: durant plus de deux décennies, j'ai ainsi croisé de nombreux agents à maintes reprises sans qu'ils verbalisent.
Or, le 2 mai, dans l'après-midi, Monsieur Jean-Philippe Thomas, le brigadier-chef principal de votre poste de police, a jugé nécessaire de me bloquer avec son véhicule de service devant la ferme du Châtelard, un peu comme si je venais d'arracher le sac à main d'une vieille dame. Ignorant dans un premier temps superbement ce comportement - une mise en scène de mauvais goût dans l'exercice de ses fonctions de représentant de la «maison au service des Ferneysiens » (Inauguration du poste de police, Le Petit Ferneysien, no 12, mars-avril 2003, p. 10), relevant d'un non-respect du principe de proportionnalité - j'ai fini par accepter, sans trop rechigner, d'écouter ce que cet agent de police municipale semblait vouloir me dire. II se trouve qu'il n'avait en fait rien à me dire: il tenait simplement à me lire à haute voix - de façon ostensiblement autoritaire - des passages tirés du code de la route. Cette déclamation lui a été possible jusqu'à ce que je l'interrompe et lui précise: «Excusez-moi, Monsieur: je dois vous indiquer que je sais lire.» Ce à quoi il m'a répondu, sans retenue aucune: «C'est tout à votre honneur. »
Je reconnais être alors an peu monté sur mes grenais chevaux, d'autant plus que Monsieur Thomas me demandait fort impoliment de lui montrer mon permis de conduire pour véhicules de dix places (au maximum) et d'un P.T.A.C. (poids total autorisé en charge) égal ou inférieur à 3,5 tonnes - dans une situation où j'avais manifestement laissé ma voiture au garage. De toute manière, me demander avec insistance de lui montrer mon permis de conduire ne servait en l'occurrence à rien: circulant à bicylette, je ne devais pas l'avoir sur moi; et je ne l'avais d'ailleurs pas sur moi.
Devant me rendre à un rendez-vous fixé à 17 heures, j'ai délibérément laissé votre subordonné agir à sa guise et me «coller» une amende « salée » (90 ou 135€). Si Monsieur Benoît Auger, gardien principal, en compagnie de qui se trouvait Monsieur Thomas ce jour-là, n'avait pas eu l'intelligence et le réflexe de chercher à apaiser l'atmosphère, le ton aurait pu monter en cette après-midi ensoleillée.
Tablant sur votre indulgence - on ne m'a jamais retiré mon permis, on n'a jamais dû me retirer des points, je n'ai jamais été confronté à une verbalisation, ni comme piéton, ni comme scootériste, ni dans aucune autre circonstance -, tout particulièrement dans un contexte où Ferney s'apprête à se doter de nouvelles pistes cyclables et à laisser sans doute bientôt les cyclistes emprunter certaines rues à sens unique dans les deux sens (cf. décisions prises lors de la séance du conseil municipal de Ferney du 22 avril concernant un plan de mobilité, en phase avec le futur Plan de déplacement urbain (PLU) du SCOT, prenant en compte notamment les mobilités douces et le développement des transports en commun (sites propres, maillages, stationnements, etc.) -, je vous pire d'agréer, Monsieur le chef de poste de la police municipale de Ferney, l'expression de mes sentiments distingués.
P.S - Remarques et questions complémentaires
1.) La population et la police devraient entretenir tout naturellement des relations fondées sur la confiance réciproque, étant donné les forces de l'ordre constituent une émanation du corps électoral.
2.) Par beau temps et durant les belles saisons, la rue de Meyrin est empruntée à contresens par au moins une dizaine ou quinzaine de cyclistes par jour.
3.) Quand arrêtera-t-on de favoriser inconsciemment l’asphyxie de nos centres historiques par des véhicules à moteur ? Dans des centaines de villes françaises et étrangères (exemple: Genève), on a commencé à comprendre qu'il est dans l'intérêt supérieur des communautés urbaines de tolérer le passage des cyclistes dans les deux sens - là où cela paraît objectivement possible sans dangers - dans les rues à sens unique.
Peter Loosli
Copie aux différents protagonistes et aux autorités municipales (NDLR) ainsi qu'à:
- Madame Dubuisson, cycliste invétérée, ancienne institutrice de l'école Jean Calas, témoin oculaire de la scène s'étant produite le 2 mai dans le courant de l'après-midi
- Monsieur Eric Vanson, conseiller municipal de Ferney (80, rue de Meyrin), témoin direct de la prise de bec, s'étant trouvé par hasard à bord du véhicule de fonction de Monsieur THOMAS.
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Respectueuses salutations

Réponse de la Police municipale
Ferney-Voltaire, le 15 mai 2008
Vous avez bien voulu attirer notre attention sur la contravention qui vous a été dressé le 2 mai dernier par le service de la Police Municipale de Ferney-Voltaire. Nous avons pris connaissance avec intérêt de vos observations.
Toutefois, afin que votre requête soit prise en considération, nous vous serions obligés de faire parvenir au service de Police Municipale l'original de votre contravention (carte lettre et avis de contravention) comme indiqué au verso de la carte lettre de paiement.
Dans l'attente de réception de ces documents, je vous prie de croire, Monsieur, en nos respectueuses salutations.
Le chef de Service, Bernard Masquelier
Le Brigadier chef Principal,Jean Philippe Thomas
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Au pied de la lettre

Peter Loosli
au
Chef de poste de la police municipale de Ferney
Ferney le 19 mai 2008
Objet: demande d'indulgence concernant une contravention relevée à mon encontre - en tant que cycliste - le vendredi 2 mai, vers 16 heures 30
Monsieur le chef de poste de la police municipale de Ferney,
Je me réjouis de savoir que vous avez «pris connaissance avec intérêt de [mes] observations». Je ne doute pas un instant de votre désir de fonder les relations de la police avec la population sur une confiance réciproque solide. Vous semblez appliquer avec sérieux le principe selon lequel «nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane [de la Nation] expressément» (article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789).
En réponse à votre lettre de 15 courant, je dois vous indiquer que je vous ai déjà envoyé les originaux de la carte de paiement et l'avis de contravention (cf. mention figurant tout en bas de ma lettre d'indulgence du 8 mai). Ce faisant, j'ai suivi au pied de la lettre les conseils qui m'ont été donnés par Monsieur Vincent Cocco, chef de police, dans l'exercice de ses fonctions, lors de l'entretien que j'ai eu avec lui dans vos locaux, au rez-de-chaussée de la maison Serpro, dans l'après-midi du 5 mai.
A ce jour, je ne possède plus que des photocopies de ces documents. Je ne peux donc, à ce stade, que vous envoyer des photocopies de la contravention citée en référence.
Veuillez agréer, Monsieur le chef de poste de la police municipale de Ferney, l'expression de mes sentiments distingués.
Peter Loosli
Copies à l'avenant (NDLR)
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Pourquoi pas à contre-sens ?

Christine Franquet, première adjointe
à
Peter Loosli
(Lettre non datée mais expédiée, selon le timbre, le 27 mai 2008)
Cher Monsieur,
J'ai bien reçu vos différents courriers concernant une contravention que vous avez reçue de la police municipale le 2 mai dernier suite à une circulation à contre-sens dans la rue de Meyrin.
Je sais que, depuis, vous avez eu différents échanges avec Monsieur Masquelier et que les choses ont pu se régler à l'amiable, ce dont je me réjouis.
Comme vous le savez, la nouvelle équipe municipale souhaite diminuer la place de la voiture dans les modes de déplacement et pour cela développer les transports publics et les modes de déplacement doux. Une de nos préoccupations sera de faciliter la vie des cyclistes afin qu'ils puissent se déplacer aisément et sans danger. La création de pistes cyclables sera bien sûr la priorité, pourquoi pas à contre-sens quand cela sera possible. Ces projets seront étudiés dans le cadre de la révision du PLU que nous venons de voter et qui devrait aboutir mi 2009.
Avec mes cordiales salutations.
Christine Franquet, première adjointe
Christine Franquet, notable ferneysienne et cycliste notoire, emprunte parfois la rue à contre-sens mais, à notre connaissance, elle n'a jamais - ou du moins pas encore - été verbalisée par la police municipale (NDLR).
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Document top secret

Peter Loosli, qui n'est pas un manche en français, a pris un malin plaisir à corriger la lettre des pandores. Noir sur blanc...

Ferney Candide se fera l'écho des prochaines joutes épistolaires et tentera, comme Peter Loosli lui-même, de savoir ce que signifient des choses "réglées à l'amiable"...