Editorial
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Les Ferneysiens se font une ligne
Ainsi donc, François Meylan a fait demi-tour et la ligne F aussi, du même coup. Cela faisait des mois qu’avec son équipe municipale, il recourait à la méthode Coué pour affirmer haut et fort qu’il avait raison et n’en démordrait pas d’un iota.
L’enjeu ? Cette ligne du bus F que François 1er tenait à faire passer au milieu du quartier populaire des Tattes, par des chemins tortueux, une voie à construire, les abords immédiats d’une école et les décombres de deux maisons achetées tout exprès. Les habitants, eux, n’en voyaient pas l’intérêt puisque le bus passe déjà tout près de chez eux. Bref, ils ne voulaient pas de cette lubie meylanesque et ils avaient été prés de 400 à le faire savoir par pétition. Sans succès, dans un premier temps. Mais avec délectation, désormais. Attention, tout de même ! François 1er, roi des Ferneysiens par la grâce du suffrage universel, n’a pas dit son dernier mot. Cet abandon du bus F traversant les Tattes, il ne l’a consenti que du bout des lèvres, lors de la dernière séance du conseil municipal, le 2 mars. Et encore ne s’agit-il pas d’une véritable annulation mais d’un simple report pour « incompréhension de la population ». Comprenez par là que François ne renonce en rien puisqu’il avait raison, qu’il a raison et qu’il aura toujours raison.Il ne veut donc que « geler ce projet qui n’est pas prioritaire ». En attendant le dégel, qui ne saurait tarder, ses co-listiers se félicitent de de ce virage à 180 degrés et font désormais savoir qu’eux non plus ne souhaitaient pas que le bus F passe au milieu des Tattes. Ils auraient pu le dire plus tôt.
Parmi les projets qui fâchent, il y en a encore au moins deux qui devraient sauter, tôt ou tard, à la figure du maire. D’abord la maison dite « des cultures » pour laquelle a déjà été voté un budget d’études et qui, coincée à l’arrière du « petit » Carrefour, risque irrémédiablement de reléguer la (ou les) culture(s) dans l’arrière-cour de la cité tout en créant force nuisances pour le voisinage. Oui à la culture, certes, mais pas n’importe où et pas n’importe comment !

L’autre projet qui écornifle, c’est la constructibilité, prévue au Plan Local d’Urbanisme bientôt mis à l’enquête publique, de plus de dix hectares de terres agricoles, dans le sud de Ferney. Un paysage superbe que le candidat Meylan souhaitait naguère maintenir naturel puisqu’il avait demandé son intégration dans le périmètre du Plan d’Exposition au Bruit (PEB), mais que le maire Meylan s’est empressé de sacrifier sur l’autel de ses propres convictions. « On m’a convaincu, j’ai changé d’avis », reconnaît-il ingénument. Si les électeurs avaient su que le défenseur de la nature était d’abord celui du vent et des girouettes qui vont avec, peut-être ne l’auraient-ils pas fait roi avec autant d’allégresse.
Pour la maison des cultures comme pour les paysages agricoles, reviendra-t-il sur ses certitudes ? De toute manière, le mal est fait. Dans le quartier des Tattes, qui l’avait pourtant plébiscité lors de l’élection municipale, on savoure la victoire mais, avec François 1er, le désamour persiste et la méfiance ne faiblit pas.


Le vain Blanc et la chasse à l'ARC
Le Pays de Gex ressemble de plus en plus à la Sakozye triomphante. Le vain Blanc, maire de Divonne, député UMP et président de la CCPG (Communauté de Communes du Pays de Gex) n'y est pas pour rien, c'est le moins qu'on en puisse dire. La France a son Napoléon III, nous avons notre Badinguet. Rien ni personne ne lui échappe car rien ni personne ne doit lui échapper. Il ne suffit pas d'être un fervent opposant, comme l'Empoudré Bertrand à St Genis, pour passer à la trappe. Un mot de travers, un simple manque d'enthousiasme peuvent vous mener tout droit à la relégation.
C'est ce qui s'est passé le 28 janvier lors du dernier conseil communautaire. Il s'agissait d'élire les représentants du Pays de Gex au sein de l'ARC (Association Régionale de Coopération), un machin censé fédérer les communes de l'agglomération annemassienne et du Pays de Gex pour parler d'une seule voix face à Genève, partenaire trop souvent condescendant et concurrent. La belle idée, ma foi. Sauf que, pour ça, il faudrait que les représentants soient aussi représentatifs. On en est loin.
Le vain Blanc, qui est déjà président (transitoire) de l'ARC, a réussi à faire élire à ses côtés des maires ou adjoints de Collonges, Gex, Ornex, Sergy, St Jean de Gonville et Thoiry. Mais rien, hormis un insignifiant strapontin de suppléant concédé à François Meylan, rien pour St Genis, Ferney ou Prévessin, soit plus de la moitié de la population gessienne. Ne sont admis au club que ceux qui savent garder le silence et le petit doigt sur la couture du pantalon...
Tout cela fleure bon la manipulation politique, certes. Mais aussi la basse revanche. En effet, le vain Blanc a dû avaler son chapeau dans l'affaire des Rives de l'Allondon qui l'opposait à l'Empoudré Bertand. Malgré son acharnement, ses relations parisiennes et sa mauvaise foi stupéfiante, il n'a pas réussi à empêcher le projet. Pire, le Village de Marques, voulu de son côté par la région bellegardienne et soutenu par le vain Blanc, a lamentablement capoté. Il était temps, pour notre Badinguet local, de reprendre les rènes d'un attelage de plus en plus divaguant. C'est désormais chose faite.
La CCPG n'est plus une communauté d'entraide (l'a-t-elle d'ailleurs jamais été?), c'est désormais une véritable machine de guerre au profit d'un seul homme, de son ambition, de son pouvoir et de son arrogance.
Et le pire, c'est qu'avec l'allongement de l'âge de la retraite, on risque de devoir le supporter encore pendant un sacré bout de temps. A moins d'aller demander l'asile politique à Genève ou à Annemasse. Ou de le chasser à l'arc dans la forêt de Divonne.
Le sens de l'échec

François est un bon garçon, nul n’en disconvient. Affable, intelligent, courtois. Mais un peu buté, chacun l’aura remarqué. On était souvent comme ça, à la campagne, et on le reste parfois. Pas une tare, simplement un trait de caractère. Avec lui, quand c’est décidé, c’est décidé ! Et comme la décision est généralement prise entre deux ou trois comparses, il arrive que les Ferneysiens tombent des nues en découvrant les projets de leur roîtelet.
C’est le cas avec les splendides zones de verdures proches du grand rond-point de la douane. Au nom de la protection des habitants contre les nuisances de l’aéroport, François s’était pourtant battu pour que cette zone ne puisse jamais plus accueillir d'immeubles d’habitation. Patatras ! A moyen terme, c’est un quartier de plusieurs milliers de nouveaux Ferneysiens qui devrait fleurir (le terme n’est sans doute pas bien choisi) à cet endroit.
Pire ! Quand il était dans l’opposition, François était farouchement opposé aux ronds-points et, en particulier, à la création d’une nouvelle route traversant le quartier des Tattes. Voilà qu’il veut maintenant y dérouler un ruban de bitume sur lequel, affirme-t-il, ne passeront que les bus. Ouais… Et il fera comment pour empêcher les possesseurs de mobylettes et autres engins pétaradants d’aller y faire, sans risque de se fracasser contre une voiture, d’homériques rodéos au pied des immeubles ?
De toute manière, les habitants des Tattes, qui ont largement voté pour lui aux dernières municipales et ont sans doute assuré sa victoire, n’en veulent pas. Une pétition a déjà recueilli 320 signatures mais François n’en a cure. Il ne se trompe pas. Il est seulement incompris. Par une écrasante majorité de ses anciens fans ? Qu’importe, puisqu’il a raison.
Que peut-il bien se passer dans la tête de ce bon garçon, affable, intelligent et courtois ? Quelle mouche l’a-elle donc piqué ?
Pour tenter de comprendre, il faut remonter un peu dans le passé récent. François appartient à la branche modeste et digne d’une famille dont l’autre branche, beaucoup moins modeste et pas toujours très digne, détint à Ferney le pouvoir et l’argent (le tabellion Pascal, pour ceux qui s’en souviennent). Pour montrer à son cousin de quel bois il se chauffe, François décide un jour de devenir maire. Pas à Ferney, pas encore. La place est prise par son cousin, justement. Non, à Versonnex.
Le voilà maire une première fois. Et déjà porteur de toutes sortes de projets dont certains laissent pantois les habitants de cet encore village. Tant et si bien que François n’ira pas au-delà de son mandat. Incompris, déjà, il passe la main. Retour à Ferney. Georges Vianès déclare son intention de tailler des croupières à l’omnipotent cousin Pascal. François, qui en rêve aussi, intègre finalement l’équipe Vianès. Pascal est défait. François devient adjoint à l’urbanisme et, aussitôt, il lance des études pharaoniques pour transformer Ferney selon ses dogmes. Incompréhension du maire et du reste de l’équipe. François est démissionné d’office de son rôle d’adjoint. Le voilà au fond de la salle, opposant systématique et tatillon. Incompris, pour la deuxième fois. Mais pas malheureux de l’être, finalement.
Aujourd’hui, à vouloir imposer ses vues et celles de ses très proches conseillers, il prend le risque de n’être pas réélu dans quatre ans. Qu’importe ! Mieux vaut partir incompris que rester en tenant compte des souhaits et doléances de ses administrés !
Et si, au bout du compte, François était un rien masochiste ? S’il se pourléchais de l’incompréhension qu’il se plaît à susciter ? Si ses victoires successives n’étaient destinées qu’à lui procurer autant de cuisants, douloureux et, donc, jouissifs échecs ?
Comment expliquer autrement cet entêtement d’un homme qui, pourtant, aime et aime être aimé ? Peut-être pourrait-il consulter… Ne serait-ce que pour nous rassurer un peu car, si François persévère dans son incompréhensible passion d’incompris, nous risquons bien de voir revenir, aux prochaines élections, un des jeunes adeptes du cousin Pascal. Du coup, ce ne serait plus l’incompréhension qui guetterait les Ferneysiens. Ce serait la catastrophe.
Le vain Blanc va-t-il bientôt rejoindre Besancenot ? A lire la Voix de l'Ain (3.7), on n'est pas loin de le craindre (pour Besancenot, bien sûr). Très remonté contre le nouveau découpage électoral du département de l'Ain, pourtant concocté par son propre parti, le vain Blanc le trouve "de la plus parfaite incohérence". C'est en tout cas ce qu'il déclare à notre estimé confrère.
Mais attention ! Il ne s'insurge pas contre les manipulations et bidouillages plus ou moins avouables de son copain Alain Marleix, chargé dès 2008 par Sako de lui faire une carte électorale "à la carte", c'est-à-dire favorisant encore un peu plus l'UMP. Marleix déclarait à l'époque (Le Point, 4.4.2008): « Ce sera une opération à coeur ouvert avec très peu d’anesthésiant ».
Notre vain Blanc pensait sans doute que le coeur à opérer serait plutôt placé à gauche et que, du coup, Marleix pouvait allègrement manier le bistouri sans anesthésiant. Hélas ! Dans l'Ain, c'est lui, pourtant patron départemental de l'UMP, la première victime expiatoire. Non qu'il risque vraiment son mandat mais parce que le nouveau contour de la circonscription va l'obliger à passer ses heures supplémentaires ("travailler plus pour gagner plus", qu'il disait) sur la route. 135 km de Gex à Brégnier-Cordon !
"Je pense que les circonscriptions doivent coller à des bassins de vie", précise-t-il à la Voix de l'Ain. Sur ce point, il est en effet particulièrement gâté ! On croirait la carte du Chili ... Pas loin de 140 km dans la plus grande longueur contre seulement 4 km dans la plus petite largeur ! Incohérent en effet. Avec des populations qui s'ignorent superbement. Quelques Gessiens vont certes, parfois, jusqu'à Bellegarde. Mais Seyssel? Mais Belley? Alors que la plupart se rendent au moins une fois par semaine (quand ce n'est pas deux fois par jour) à Genève.
Si notre vain Blanc ne veut pas continuer à polluer la planète en parcourant en voiture 60.000 km par an (sans compter le train ou l'avion pour Paris), il ne lui reste plus qu'une chose à faire: réclamer le rattachement du Pays de Gex à la Suisse. Cela avait d'ailleurs déjà failli se faire en 1815, au Congrès de Vienne, mais Genève avait alors refusé d'accueillir dans son giron les communes gessiennes à majorité catholique. C'est ainsi que Versoix ou le Grand-Saconnex sont devenues suisses alors que Ferney ou St Genis sont restées françaises.
Pour échapper à la tutelle française et entrer la tête haute, il n'est donc même pas nécessaire, pour les Gessiens et leur cher député, de fonder un quelconque FLPG (Frant de Libération du Pays de Gex). Quelques conversions au protestantisme devraient suffire !
On s'en souvient, le vain Blanc avait utilisé, comme président de la Communauté de communes, tous les stratagèmes pour empêcher l'aboutissement du projet " Rives de l'Allondon " cher à l'Empoudré Hubert Bertrand, ci-devant (et derrière) maire de Saint-Genis. Ce dernier ayant néanmoins obtenu l'accord de la commission départementale d'urbanisme commercial, notre vain Blanc n'a pas hésité (en son nom propre mais aux frais du contribuable gessien !) à faire appel devant la commission nationale pour tenter de bloquer définitivement ce projet de grande surface. Verdict avant septembre.
En attendant, il n'est pas interdit de se demander pourquoi le vain Blanc s'obstine à ce point. Pour montrer qu'il est le seul vrai propriétaire du Pays de Gex ? Sans doute. Pour enfoncer son seul véritable opposant politique, l'Empoudré Hubert ? Certainement. Pour faite une fleur à ses copains, les maires des communes possédant déjà de grandes surfaces ou rêvant d'en installer d'autres ? Ça va de soi.
Mais encore ?
Reprenons l'enquête, affinons le raisonnement. Que devraient être ces " Rives de l'Allondon ". Un centre commercial dédié à l'habitat et aux loisirs. Certes mais encore ? Des " rives ". Donc de l'eau. Et une rivière. Comme à Divonne. Inacceptable. Mais encore ? Le projet prévoit un plan d'eau. Bref, un lac. Comme à Divonne. Insupportable. Oui mais encore ? Qui dit eau dit eau minérale et qui dit eau minérale dit thermalisme. Si Divonne a réussi à se faire classer station thermale en invoquant le maigre filet d'eau qui goutte tant bien que mal de son unique source, ce serai bien le diable si l'Empoudré, grâce à son futur lac et au débit grandiose de la pure Allondon, ne parvenait pas à transformer Saint-Genis-sur-CERN en Saint-Genis-les-Bains…
Et ce n'est pas tout. Que peut revendiquer une nouvelle station thermale, je vous le demande ? Mais oui, mais c'est bien ça, mais c'est bien sûr : un casino !
Un casino à Saint-Genis ! Un redoutable et mortel concurrent pour ce qu'il reste du casino de Divonne ! Plus près de Genève ! A portée de quelques hadrons de ces passionnés de hasard et éternels joueurs que sont les physiciens (ils sont payés pour)!
Saint-Genis-les-Bains, c'est la mort annoncée de Divonne-l'Etienne et la disparition inévitable de l'ultime spécimen local d'homo erectus UMP. Si Sarko veut sauver le soldat Blanc (mais a-t-il jamais entendu parler de lui ?), il ne lui reste plus qu'une solution : faire entrer l'Empoudré au gouvernement ! Mais là encore, attention aux grincements de dents ! Cela fait en effet des années et des années que le vain Blanc en rêve en se rasant ! Et en rasant gratis les gogos qui votent pour lui!
Kermesse à Ferney
Mais où est donc passé Voltaire ?

27 juin à Ferney: Voltaire danse le hip-hop !
- Ah oui, au fait, c’est de qui cette phrase, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » ?
- Aucune idée.
- Ça commence par un V…
- Un V ?
- Oui, un V !
- Vélo ? Vitamine ? Vasistas ? Vivisection ?
- Non. Un V, un O, un L…
- Volonté ? Volant ? Vol à voile ? Volapük ?
- V… O… L…T…A….
- Voltaïque ?
- V... O… L… T… A… I… R… E….
- Ch’ais pas, j’vois pas.
- Voltaire !
- Voltaire ? C’est qui, ça ?
- Voltaire !
- Voltaire connais pas !
C’était donc, samedi soir, la kermesse à Ferney, que certains s’entêtent encore – mais pour combien de temps – à appeler la Fête à Voltaire. Une espèce de Fête de la Musique bis, la paella et les danses du ventre en plus ! Mais sans frites ni saucisses, on est culturel ou on ne l’est pas, que diantre !
Voltaire était pourtant omniprésent. Sur sa statue, à laquelle on avait pris soin de fixer un modeste découpage de carton-pâte. Mais aussi et surtout sur le programme officiel, à peu près illisible mais distribué sans modération. « Mme Tout est bien, M. Tout va mal », « Bababek et les fakirs », « Aventure indienne », « Histoire d’un bon Bramine », « Le catéchisme du jardinier », « Voltaire raconté aux enfants », « Dialogue du chapon et de la poularde », « Jeannot et Colin », « Voltaire en robe de chambre », « L’aubergiste de l’Europe», « Monsieur de Voltaire répète », « Notre jardin ou la fin de Candide », « Zadig », « Cosi sancta », « Le monde comme il va», « Memnon », « Voltaire and the Famous GAOS », «Voltaire et l’esclavage », « Le Taureau Blanc », « Voyage littéraire autour de Candide », « La Princesse de Babylone », « Micromégas », « Le blanc et le noir », « Le crocheteur borgne », « Si Voltaire était un rappeur »...
N’en jetez plus, la cour est pleine ! Vingt-six événements voltairiens ! Et on en oublie sans doute…
Pour se donner bonne conscience et aller pêcher quelques subventions culturelles de-ci, de là, rien à redire. Pour rencontrer Voltaire dans ce charabia, ce fut une autre affaire! D’abord parce qu’il avait été exilé dans les recoins les plus périphériques et inaccessibles de « sa » fête. Ensuite parce que la plupart de « représentations » consistaient en de vagues lectures pas toujours audibles. Enfin parce que la Fête à neuneu tenait le haut du pavé. Sur la scène principale, le spectateur put même croire, le temps d’une illumination, que Voltaire avait co-écrit avec Offenbach La Vie Parisienne et qu’il dansait le french-cancan. Sur une autre scène, Voltaire prit ensuite la baguette de la fanfare municipale puis fila sur le toit d’un garage pour exécuter un hip-hop endiablé, prélude à un rap non moins philosophique avant de se retrouver, enfin, devant une excellente soupe républicaine.
Pour sensibiliser nos blonds chérubins à la vie et à l’oeuvre de Voltaire, les organisateurs avaient prévu un jeu de piste censé les mener vers les différents stands détenant autant de vérités voltairiennes. Pour preuve de leur sagacité, ils devaient repartir avec un tampon apposé sur leur viatique. Au seul stand vraiment et uniquement consacré à Voltaire, il en est venu UN !!! Ce qui s’appelle un succès !
Autre réussite, les ghettos. Finie la mixité ethnique ou générationnelle. Les enfants étaient parqués dans un coin, les ados dans un autre, les adultes dans un autre encore. Pire, le parc de l’abbé Boisson avait été réservé à l’Afrique, entassant ainsi en un même secteur des danses égyptiennes, deux associations comoriennes, le Centre culturel des Musulmans du Pays de Gex et une association malgache. Les blancs d’un côté, les pas-vraiment-blancs de l’autre. Le foulard Hermès au nord, le voile islamique au sud. La mixité sociale à la mode ferneysienne.
Quant à l’avenue Voltaire, axe principal de la fête, les spécialités culinaires y étaient proposées en deux rangs d’oignons mais Voltaire ne fut à aucun moment autorisé à fouler le sol de « son » avenue. A la différence de toutes les années précédentes, aucune animation culturelle n’y avait été prévue. Une grande promenade triste et sans vie entre le monument aux morts et la statue de Voltaire, bref, entre deux monuments aux morts. Allégresse garantie.
Alléchées par le nom et la renommée de la Fête à Voltaire, certains visiteurs étaient venus de loin. Ils sont repartis dépités et, pour certains, furieux.
En résumé, la Fête à Voltaire fut une bien belle kermesse. Il n’y manquait que Voltaire. Reviendra-t-il jamais ?
La morale ? Allondon...
La nouvelle salle de réunion de la Communauté de Communes, à Gex, est à l'image de l'institution elle-même: obscure. Quant au public, il est installé de telle manière qu'il puisse certes, tant bien que mal, apercevoir la Sainte-Cène des président et vice-présidents, mais en aucun cas les élus lambda. Ce qui l'empêche évidemment d'observer leurs votes. Et vive la démocratie!
Démocratie. Presque un gros mot à la CCPG. Ce jeudi soir (26.2), l'assemblée a participé, de son plein gré, à une authentique pantalonnade dont la morale (?) peut se résumer ainsi: quand on s'oppose au chef, il faut se préparer à numéroter ses abattis.
Hubert Bertrand, que les lecteurs de Candide connaissent mieux sous le joli sobriquet d'Empoudré, présentait un projet ("Les Rives de l'Allondon"), mûri de longue date et connu de la CCPG d'aussi longue date, visant à la création d'une nouvelle zone commerciale (réservée au mobilier et aux arts de la maison) dans le prolongement de l'actuelle zone commerciale de St Genis.Plutôt bien intérgrée dans le paysage, avec plan d'eau et zone de promenade.
On peut et on doit se poser des questions sur l'utilité et l'avenir d'une telle zone, sur ses retombées économiques, environnementales, etc. L'Empoudré y a répondu longuement, avec arguments et conviction. A l'issue du débat, la CCPG devait donner un avis, à transmettre aux instances départementales qui, finalement, trancheront dans quelques semaines.
Las! Les jeux étaient faits avant même le premier coup de bonneteau. En effet, trois communes (Cessy, Ornex, Segny) ont tout récemment sorti de leur chapeau un autre projet, élargissant à l'envi la zone où se trouvent Bricorama (Cessy), Jardiland (Ornex) et Carrefour (Segny), etc. Au bord de la départementale 1005 (ex RN5), dont on connaît la fluidité de la circulation...
Le projet "COS" (Cessy Ornex Segny) n'est pas prêt, loin s'en faut. Or, voilà que, quelques instants avant le vote sur le projet de St Genis, le maire de Cessy (Bouvier, qui nous avait habitués à mieux dans son combat contre Jules Emery), soumet une motion demandant la création d'un schéma commercial du Pays de Gex. De fait, un tel schéma existe depuis belle lurette mais, pour contenter tout le monde et personne, le président Blanc lui-même l'a réduit au statut habituel de peau de chagrin.
Bouvier sort donc sa motion miracle. Blanc décide aussitôt que cette motion doit être examinée AVANT le vote du projet de St Genis. Brouhaha. Confusion. Et finalement, on commence tout de même par le vote sur St Genis. Mais le mal est fait.
Votent pour - au suffrage secret - ceux qui croient à la pertinennce du projet et ne lient pas son avenir à l'hypothétique renaissance d'un non moins hypothétique schéma commercial gessien. Votent contre ceux qui y sont opposés, à commencer par les représentants des trois communes concurrentes, sans oublier les "politiques" (Blanc, Paoli, etc.) qui trouvent là - ils en sont d'ailleurs les premiers artisans - l'occasion de régler son compte à ce "gauchiste" d'Empoudré (il est en effet radical de gauche mais, pour un UMP, ça veut quasiment dire krypto-marxiste...).
Résultat du vote: 25 pour et 27 contre. C'est donc sans le soutien de la CCPG que Bertrand présentera son projet à la commission départementale. Ne serait-ce que pour sanctionner les habituelles magouilles, la morale voudrait qu'il l'emporte. Mais y a-t-il une morale en politique ?

Au casino, il est périlleux de tout jouer sur une couleur. Miser sur le Blanc, ce serait carrément suicidaire! Le roi Etienne a en effet tout du joueur compulsif, au point qu'il aurait dû figurer depuis longtemps sur la liste des interdits de casino. Que fait la police?
Accro du jeu comme de la politique, spécialiste du banco, le Vain Blanc joue l'argent du ménage divonnais sans vergogne ni retenue. Que sa petite famille n'ait plus, demain, de quoi rembourser ses dettes, il s'en contrefiche. Ce qui lui plaît, dans le jeu, ce n'est pas l'argent (qui ne lui appartient pas, d'ailleurs). C'est l'adrénaline.
L'eau de la Divonne rend-elle fou? C'est à se demander. Car l'ancêtre (en politique) de notre Vain Blanc était déjà tombé dedans. Marcel Anthonioz (alias Tonio-du-Lac) avait mis au point une martingale imparable, qui lui rapportait 15% de tout ce que perdaient les joueurs. A l'époque, je jeu était encore prohibé dans la Genève calviniste. Tout le bling-bling genevois et onusien se donnait rendez-vous à Divonne et y perdait, jusqu'à point d'heure, les millions volés aux pauvres du monde entier. Tonio-du-Lac s'en mettait plein les fouilles en enrichissant sa petite maisonnée. Descendante d'humbles maraîchers et de pauvres ramasseurs de châtaignes, la famille divonnaise ne se sentait plus péter dans la soie. Rien n'était désormais trop beau pour elle: terrain de golf, grands hôtels, chasseurs en livrée, thermes à la Caracalla, piscine et plongeoirs, lac artificiel, avenues hausmaniennes...
Etienne, le rejeton de la famille, était né avec une cuiller de vermeil dans la bouche. Pour lui, le luxe était inné. D'ailleurs, lorsqu'il se promenait chez les manants de "son" pays de Gex, personne ne s'y trompait. Donneur d'ordres, dispensateur de conseils, accordeur de prébendes, son pouvoir était celui de sa fortune et sa fortune était celle du casino.
Jusqu'au jour où son copain, le coquin Partouche , se mit en tête de ne plus lui remettre la comptée habituelle. Chez les truands, ça se serait terminé à la kalachikov. Dans le beau monde des nouveaux riches, ça se joue au poker menteur. En ce moment même.
Entre Partouche et notre Vain Blanc, c'est désormais un combat à mort. Au petit matin (du 30 avril), l'un des deux se retrouvera raide sur le carreau. Lequel ?
Sous couleur de cacher son jeu, chacun multiplie grimaces et rodomontades, ébauche son plus beau sourire carnassier, laisse apparaître furtivement la figure d'un faux atout. Ni l'un ni l'autre n'abattra sans doute sa dernière carte avant l'heure fatidique: minuit. Tremblante d'inquiétude, la famille divonnaise retient son souffle derrière les volets clos.
Blanc détient quelques cartouches mais c'est Partouche qui tient Blanc. Pour une fois, dans ce combat contre le pot de fer, c'est le Vain Banc qu'on tire dans le pot de terre. Il est quasiment tapis. Comptant sur ses gains pour rembourser ses dettes. Il n'a plus une seule plaque en réserve. Partouche, lui, peut flamber jusqu'au matin. S'il rate son coup, il fermera le casino de Divonne mais conservera tous les autres et, surtout, enverra un message sans ambigüité à tous les Blancs de France et de Navarre: "Touchez pas à mon grisby ! "
Pour notre Vain Blanc, même l'improbable victoire sera plus amère encore qu'une défaite puisqu'il aura mis le feu à la maison et ses habitants à la rue. Prendra-t-il ce risque ou acceptera-t-il, au dernier moment, la baisse de loyer que lui réclame son locataire casinotier? Dilemme cornélien. Le Vain Blanc ne veut pas perdre, ne sait pas perdre, n'a jamais appris à perdre.
Sera-t-il assez vaniteux et assez fou pour jouer Divonne à quitte ou double? Si c'était la maison de ses ancêtres, peut-être hésiterait-il à deux fois. Mais il n'est divonnais qu'en passant, comme ces préfets et directeurs de grands hôtels qui ne défont jamais complètement leurs valises. Après lui le déluge. Lorsque les huissiers viendront frapper à la porte de la mairie, il aura déjà filé, laissant la caisse vide et, sur la porte, un simple message: "Parti sans laisser d'adresse" !

Syndrome de rétention chronique
L'Etat français avait naguère dans ses cartons un projet grandiose pour implanter un centre de rétention sur le terrain qu'il possède à côté de la douane principale de Ferney. Argument d'alors: la proximité de l'aéroport international de Genève Cointrin et de son secteur français. La mairie de l'époque (Georges Vianès) avait bataillé ferme et, finalement, le projet était resté projet. Grâce au combat des élus locaux?
Peut-être. Mais pas sûr. A l'époque, la Suisse ne faisait pas encore partie de Schengen et il subsistait des contrôles de police au franchissement des frontières. Certes, ces contrôles n'étaient effectués que par la police française pour les vols à destination de la France mais, pour accéder aux autres vols, il fallait montrer patte blanche aux policiers suisses.
Aujourd'hui, la donne a changé et si, demain, le gouvernement sécuritaire sarkozyste ressortait le projet des tiroirs, rien n'indique qu'il lui serait impossible d'embarquer quelques passagers plus ou moins menottés sur un vol Genève-Tunis, Genève-Alger ou Genève-Bucarest (il n'y a heureusement pas encore de Genève-Bamako). Symbole de la défense des droits de l'homme, Voltaire aurait bonne mine!
Si ce projet nous revient en mémoire, c'est que nous nous enfonçons dans la crise et que, dans ces périodes-là, il faut toujours trouver des boucs-émissaires. La chasse aux sans-papiers, qui est déjà un sport national en France, pourrait bien nous propulser sur la plus haute marche du podium olympique.
La traque aux clandestins n'est hélas pas une spécialité française. Le paradoxe, c'est que même des pays vers lesquels sont renvoyés des centaines de clandestins pratiquent, eux aussi, les mêmes méthodes à l'égard de leurs voisins plus pauvres. J'étais l'autre jour à Djanet, adorable oasis de l'extrême sud algérien. Une région largement peuplée de Touareg nomdes dont les frères, les cousins, se trouvent également au Mali ou au Niger. Or, à Djanet, les policiers algériens chargés des contrôles aux frontières se font un devoir d'arraisonner les clandestins venus du Niger voisin, où le peuple touareg est victime d'une terrible répression de la part du gouvernement gouvernement de Niamey.
La police algérienne traque les clandestins aux frontières. Elle organise aussi des descentes dans les ateliers et magasins de Djanet, où certains trouvent du travail au noir. Les sans-papiers sont alors regroupés dans un grand centre de rétention construit au sud de la ville et, quand les bâtiments sont pleins, on les achemine vers Tamanrasset puis jusqu'à la frontière, en plein désert. Ceux qui ont encore quelques sous peuvent espérer survivre. Les autres...
Mais comment, nous autres Européens, nous érigerions-nous en juges de telles pratiques, nous qui avons Roissy, Calais, Lampedusa et qui aurons peut-être, demain, Ferney?
Ferney qu'alors personne n'osera plus, décemment, appeler Ferney-Voltaire.
Candide à toutes les sauces
En l’an de grâce 2009, nous allons déguster du Candide à toutes les sauces. Et pas seulement du Ferney-Candide, que diantre ! 2009 marque en effet le 250è anniversaire de la publication de Candide. Voltaire venait d’acheter Ferney. Il était donc normal que Ferney devînt, 250 ans plus tard, l’épicentre de ce cataclysme. Mais à ce point ?
Il va y avoir du Candide partout ! La mairie de Ferney s’est même choisi un slogan pseudo-voltairien en guise de fil rouge: «Tout est bien, tout va mal ». A moins que ce ne soit le contraire…
C’est un Ferneysien qui essuie les plâtres de cette année Candide mais il les essuie à Carouge, au théâtre du même nom. Hervé Loichemol (ex-homme-orchestre de l’ex-Auberge de l’Europe, futur deus ex machina de la renaissante ferme ferneysienne du Châtelard) a mis en scène une pièce qui se jouera jusqu’au 8 février (avant de partir en tournée ?) et qui porte – avec quelque présomption – le beau titre de Candide.

C’est du Voltaire – bravo – sans en être tout à fait – hélas ! Résumons. Du noir surgit Candide. Noir, lui aussi. Comme Barack, ça tombe bien ! Un noir-noir, pas un de ces noirs de comédie qui passent deux heures à grimer leur face de blanc. Simple procédé destiné à surprendre ? Le spectateur peut le craindre, l’espace de quelques minutes, mais le texte est fort, le comédien aussi et, rapidement, le public se prend au jeu et entre dans l’histoire qui, grâce à Voltaire, n’a pas besoin d’être mise au goût du jour pour être totalement contemporaine.
Entre parcours du combattant et parcours de santé, le long voyage de notre jouvenceau, amoureux de la belle Cunégonde et chapeauté par les conseils du bon Pangloss, va de rebondissement en rebondissement, dans un décor unique et changeant à la fois. Sublime ou presque !
Presque. Oui, presque. Malheureusement. Le Candide de Voltaire étant un conte et non une pièce de théâtre, il a fallu au co-auteur du Candide carougeois (eh oui, l’affiche mentionne d’ailleurs « Candide, de Voltaire et Yves Laplace... ») écrire entre les dialogues extraits – presque fidèlement – de Voltaire ses propres dialogues. Aussi longtemps que ces ajouts se font rares et discrets, au service du texte original, cela fonctionne parfaitement. C’est le cas dans la première partie, une heure et demie toute de même, que le spectateur suit avec délectation, jouissance, complicité, tendresse et émotion. Le décor mobile fonctionne à merveille, la mise en scène loichemolesque est parfaite, comme à son habitude. Les comédiens sont presque tous remarquables. A commencer par William Nadylam, notre Candide vraiment noir, sans oublier l’étonnant Pierre Byland, génial et inspiré dans les rôles de Pangloss et du Docteur Ralph, ni le latino-sautillant Juan Antonio Crespillo dans le rôle de Cacambo, ni enfin Anne Durand, émouvante et profonde dans le rôle de la vieille et perfide dans celui de quelques autres personnages.
Lorsque, après 96 minutes, le noir se fait sur le noir Candide, le public applaudit à tout rompre, certain que la pièce s’arrête là, surpris que les comédiens ne viennent pas faire le tour d’honneur. Encore une facétie de Loichemol ? Non. C’est l’entracte. Un bon quart d’heure à siroter des bières, grignoter des chips, et ça recommence. Hélas! Cette fois, ce n’est plus Laplace au service de Voltaire, c’est Voltaire eu service de Laplace. Le décor, les personnages sont les mêmes mais, dans sa longue traversée du Paraguay à Venise, Candide a tout perdu. Sa Cunégonde qu’il retrouvera vieille et sa fortune qu’il ne retrouvera pas du tout. Mais surtout son esprit et son âme ! La première scène de ce naufrage se déroule sur un plateau de télévision. L’animateur de cette télé-réalité présente un jeu destiné à élire l’homme le plus malheureux du monde. S’ensuit une juxtaposition de tableaux sans queue ni tête (ou plutôt avec davantage de queue que de tête). Où est donc passé Candide ? Où est donc passé Voltaire ?
Par bonheur, la consternation est finalement de courte durée. A peine quitté le théâtre, on ne se souvient plus que de la première partie de ce Candide et du premier de ses auteurs. Au point de souhaiter aller applaudir toute la troupe une seconde fois, à la fin de la première partie. Juste avant de filer à l’anglaise.
Pour réserver (35 SFr ou 23 €):
http://www.theatredecarouge-geneve.ch/fr/reservation.html
La croix et la bannière

L'histoire est archi-connue. Un désert, vieux de deux millénaires et sans cesse remis au goût du jour. Point de Porsche ni de Citroën. Un simple véhicule fait de deux planches et quatre clous. Et un concurrent unique, le dénommé Jésus, instrumentalisé au fil des siècles pour toutes sortes de vilénies, et qui ne sort généralement du garage qu'une fois par semaine, le dimanche à l'heure de la messe.
Sous-employé, ce Jésus-là, à en croire ses sponsors attitrés, évêque en tête. Alors, on lui a fait construire une croix toute neuve, repeinte de frais avec toutes sortes de figurines et d'autocollants à l'effigie de ses nombreux co-pilotes, Pierre, Paul, Luc et les autres. Le tout sur fond or. Pour aguicher le bon peuple, il ne faut pas faire trop cheap.
A bord de la "Croix de Mission", châssis de 200 kilos, empattement de 3,20 mètres, 1500 heures de travail pour la seule décoration, Jésus fera la course en tête, bien sûr, puisqu'il sera l'unique concurrent.
Itinéraire de la course: Gex, Challex, Cessy, Vesancy, Lelex, Ferney, Ornex, Divonne, Saint-Genis, Thoiry et finalement Gex, pour boucler la boucle et revenir aux sources. "Le rallye est une véritable religion", affirment volontiers les adeptes du Dakar. "La religion est un véritable rallye", pourraient rétorquer les organisateurs de la "Croix de mission" . Mais promener Jésus aux quatre coins de notre modeste jardin, ça sert à quoi ? Le père Pillet, curé de Saint-Genis, répond en toute innocence: "l'évangélisation" (Le Pays Gessien, 25.12.08). Et même s'il s'empresse de tempérer son propos ("l'objectif de cette tournée étant évidemment d'intéresser un public très large, croyant ou pas"), il est tout aussi évident qu'il s'agit là d'une opération de prosélytisme, destinée à rassurer les fidèles et à convertir les autres.
Imaginons un instant qu'un groupe de musulmans décide de promener un Coran de 200 kilos et de 3,20 mètres de haut, pendant trois mois, dans les villages du Pays de Gex. Je ne vous raconte pas la levée de boucliers ! La France est un pays laïc. Mais plus laïc pour les uns que pour les autres, tout de même...
Les citoyens français ses sont battus, en 1905, pour obtenir la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ils ont dû reprendre leur bâton de non-pèlerins, au fil des dernières décennies, pour que les signes distinctifs des différentes religions ne pénètrent pas dans les écoles. Proscrits, le foulard de 30 grammes et la kippa de quinze centimètres. Mais une croix de trois mètres de haut, pas de problème. C'est en effet dans une école, l'Ecole Jeanne d'Arc de Gex, dont les enseignants sont payés par l'Etat, que se déroule en ce moment la première étape du rallye évangélique "Croix de mission". Pourvu que les gamins ne s'avisent pas de demander un autographe au pilote !
Alex Décotte
11 janvier 2009
Un million, pour quoi faire ?
"Nous", ce sont les habitants de ce coin d'univers que, faute de mieux, les technocrates nomment "région franco-valdo-genevoise". Plus simplement, disons "Genève et sa région", débordant largement les frontières cantonales (Vaud) et nationales (Haute-Savoie et Pays de Gex).
Un million, la belle affaire! Nous sommes déjà 800.000. Une croisssance de 25% en 20 ans, ce ne serait après tout pas si dramatique. A condition toutefois que toute la famille joue le jeu, que la richesse ne reste pas obstinément dans la poche du papa genevois, que les emplois se développent de part et d'autre de la frontière, que les pendulaires ne perdent pas deux heures par jour entre leur travail (quand ils ont la chance d'en avoir un) et leur maison (quand ils ont encore la chance d'en avoir une), que les inégalités et les injustices cessent de croître plus vite encore que la population.
Hélas, c'est loin d'être gagné! Voilà un demi-siècle qu'avec l'avènement du phénomène frontalier, le chacun pour soi n'a cessé de faire des émules. Dans le Pays de Gex, les disparités ont continué à de se creuser entre ceux qui gagnent bien leur vie à Genève et ceux qui la gagnent péniblement entre Ferney et Gex, Divonne et Collonges. Sans compter ceux qui ne la gagnent pas du tout, ou plus assez pour tenir la tête hors de l'eau.
- Des pauvres? Mais non, il n'y a pas de ça chez nous. La preuve, on n'en voit aucun.
Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! Installez-vous donc, bien au chaud dans votre voiture, à proximité d'une poubelle installée dans la rue. A Ferney, par exemple. Vous n'aurez pas trop à attendre. Un petit homme maigre et sans âge apparaîra bientôt, adossera son vélo d'antan au candélabre encore fleuri d'indécentes illuminations, regardera autour de lui pour s'assurer d'être seul, s'approchera de la poubelle en faisant mine de regarder ailleurs, puis y plongera délicatement la main et ensuite le bras tout entier, pour en ausculter le contenu et en retirer un demi pain déjà rassis, une barquette à moitié pleine, qu'il glissera discrètement dans une serviette de cuir racorni fixée sur son porte-bagage, reliquat, peut-être, d'un temps où lui ou un de ses proches était banquier... Le voilà qui s'efface déjà comme une ombre mais, surtout, ne quittez pas votre poste d'observation. Sur le trottoir, un homme apparemment plus âgé, pantalon en tire-bouchon, barbe de sept jours, chandail à trous et cabas à la main, fait à son tour la danse du scalp autour de la poubelle, y plonge la main, le bras. Bredouille, hélas. C'est que la concurrence fait rage et qu'à pied, c'est bien connu, on dépasse rarement les vélos. Voilà déjà notre homme reparti vers d'autres hypothétiques miracles. Ne lui proposez surtout pas votre aide, il pourrait prendre ça pour une offense. Faites plutôt mine de chercher votre chemin. Il vous l'indiquera volontiers et vous parlera, si vous en avez le temps, de la dernière neige et du soleil qui revient...
Un million, oui, nous serons un million dans vingt ans. Mais dans quel état, dans quel Etat ? La région genevoise est certes la plus dynamique d'Europe. Mais au profit de qui, au détriment de qui ? Aujourd'hui, les plus de 65 ans représentent 20% des actifs. En 2030, ils seront 35%. A condition encore qu'entre temps, une part importante des actifs ne soit pas devenue, contre son gré, inactive. Dans quelles maisons spécialisés mettrons-nous nos vieux ? Et qui paiera pour qu'ils puissent finir leurs jours en paix. Aujourd'hui, leur hébergement revient déjà à plus de deux SMIC. Qui pourra payer ? Et que fera-ton des autres ?
Genève continuer à créer la richesse et à exporter la pauvreté. Pas touche à la belle nature genevoise ! Les travailleurs seront de plus en plus amenés à se loger hors les murs, hors les frontières. Dans l'ensemble de la région genevoise, la croissance totale de la population sera de 25% en vingt ans, on l'a dit, mais elle stagnera à Genève pour atteindre 45% dans le Pays de Gex, le plus exposé ! Loin de disparaître, Schengen ou pas, la frontière se renforcera. Genève ressemblera des plus en plus à ces quartiers riches d'Amérique, où les rentiers opulents vivent entre eux à l'abri de hauts murs, protégés par des caméras et des vigiles, ne permettant à leurs serviteurs de ne venir faire le ménage qu'aux heures diurnes. La nuit, on ne sait jamais ce qui peut arriver...
Lorsque, on croit appartenir à un peuple supérieur (ici comme là-bas, suivez mon regard), nul besoin d'ailleurs d'être riche pour être sectaire et intolérant. Sur le site de la Tribune de Genève, en réponse à cet intéressant article prospectif, on peut lire une prose dont les termes laissent penser qu'elle est l'oeuvre d'un vrai Genevois mais dont l'orthographe ne révèle pas forcément un riche banquier:
"Moi tout ça me fait gerber, je suis totalement contre, surtout inclure les frouzes chez nous et pis quoi encore!!!! A la limite les vaudois + ge ok ça reste en suisse, mais penser région avec les frouzes mais ça va ou bien!!! On constate chaque jour que le mondalisation c'est de la merde,l'europe c'est de la merde, donc je vois pas pourquoi ge devrait intégrer d'autre région et surtout pas celle d'un autre pays. Vivement le 8 fév pour qu'ils pigent que l'on en veut pas de leur rapprochement mais au contraire, on aimerai bien les voir out les cocorico."
Au fait, c'est le 8 février que les citoyens helvétiques diront par leur vote s'ils souhaitent ou non maintenir et étendre la libre circulation des personnes avec le reste de l'Europe. Le Conseil fédéral et les Cantons sont pour. Mais le peuple souverain, c'est une autre affaire. Lorsqu'on se croit supérieur (ici comme là-bas, suivez à nouveau mon regard) on ne craint pas d'ériger de hauts murs censés protéger du monde extérieur sans empêcher d'y poursuivre ses petites affaires.
Alex Décotte
3 janvier 2009
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